Pour une politisation du travail
Dans la revue Droit social de décembre 2011, Alain Supiot déplore l'absence d'une politique du travail:
" l'adhésion de la gauche à l'idéologie de la rationnalisation industrielle et à l'oganisation "scientifique" du travail (...) a fait disparaître le travail de l'horizon politique de la Gauche et a cimenté ce que Trentin appelle le "compromis fordiste", consistant à compenser financièrement les conséquences d'une aliénation au travail jugé inévitable dans son principe. (...)
On a donc considéré que la question de la justice sociale ne concernait pas le contenu et le sens du travail, mais seulement les contreparties, en temps et en argent, de son aliénation au travail. (...)
Le périmètre de la justice sociale a été restreint aux termes de cet échange salarial, c'est-à-dire à des quantités de temps et d'argent, tandis que la dimension qualitative du travail, son sens et son organisation, étaient censés relever d'une pure rationlité techno-scientifique. L'essor d'une politique de l'emploi s'est ainsi payé d'une dépolitisation du travail."
Comment redonner force à la démocratie sociale ? Alain Supiot donne les trois dimensions d'une politique du travail:
- le sens du travail: en prenant pour point de départ la créativité des hommes et non l'infaillabilité supposée du Marché
- les communautés de travail: en créant les conditions d'une coopération entre les travailleurs qui oeuvrent pour l'entreprise
- le travail des nations: en asseyant un projet collectif sur l'expérience des peuples et pas seulement sur le savoir des experts.
"Jamais n'a parue aussi proche la réalisation du dépérissement du gouvernement des hommes au profit de l'administration des choses."